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Pour la sauvegarde des dauphins marins.
Les dauphins et leur mythologie
D'après "les dauphins, ambassadeurs des mers", d'Henry Augier, chez Delachaux.
Dès la plus haute Antiquité, les dauphins sont liées aux épopées divines et au surnaturel. Ainsi, le dieu grec du vin et des plaisirs, Dionysos, entreprit de faire un voyage chez les humains. Il s'embarqua pour les Cyclades sous l'aspect d'un jeune homme. Mais il apprit que l'équipage, subjugué par sa prestance, voulait le vendre comme esclave. Dionysos transofrma alors les avirons en serpents et fit pousser une vigne qui recouvrit tout le navire. Affolés, les matelots se jetèrent alors à l'eau. Toutefois, comme ils allaient se noyer, Poséidon, dieu de la mer, les prit en pitié, et, pour les sauver, les transforma en dauphins. Sur le plan de la seduction, on raconte aussi que le même poseidon tomba un jour follement amoureux d'Amphitrite, fille de Doris et de l'Océan. Mais, lors de leur première rencontre, il n'eut guère de succès auprès de la belle. Le desespoir de Poséidon emut deux de ses amis dauphins qui s'en allèrent trouver Amphitrite. Grâce à leur gentillesse et leur force de persuasion, ils décidèrent la nymphe à épouser Poseidon. Un tel service méritait une récompense celeste : depuis ce temps là, on peut voir dans l'hémisphère boréal la constellation du dauphin, composée de dix-huit étoiles. les dauphins jouissant d'une telle renommée, on comprend que leur capture "déplaisait aux dieux". Les pêcheurs grecs les laissaient donc paix. Mais leurs voisins les Thraces les chassaient, activité que les Hellènes avaient en abomination. Cette sacralisation des dauphins ne s'est pas limitée à la Mediterranée. On la retrouve dans les légendes et les croyances de nombreux autres pays. Ainsi, les aborigènes d'Australie sont persuadés que les humains descendent.. du dauphin. ils racontent qu'en des temps très reculés un couple de dauphin vivait heureux dans l'océan, jouant et batifolant. Mais un jour le mâle, Baringwa, fut dévoré par un requin. Il se réincarna bienôt en homme, et se mit à vivre sur terre. Sa compagne, Ganadja, après l'avoir longtemps cherché, le retrouva sur une plage où elle s'échoua pour être transformée en femme. Ce mythe est illustré par une fresque peinte dans une grotte du golfe en Carpentarie (nord de l'Australie). En Nouvelle-Zelande, les Maoris croient que les dauphins sont des réincarnations d'humains défunts, ce qui expliquerait leur penchant à les aider ou à essayer de les secourir par mauvais temps. Pour les indiens nootka de l'ile de Vancouver, l'orque est un animal sacré : elle figure souvent sur les totems et les portes des demeures traditionnelles. Le dauphin rose de l'Amazone (Iniageoffrensis) est également vénéré par les indigènes qui lui reconnaissent, entre autres, le pouvoir de guerir les femmes stériles.
Les dauphins possèdent une autre réputation, celle de sauver les humains de la noyade. Ainsi, l'un des fils de Poséidon et d'Anphitrite, taras, tombé malencontreusement à la mer, dut son salut à un dauphin qui le ramena au rivage. En souvenir de cet exploit, la ville de Tarente coula une monnaie figurant un enfant chevauchant un dauphin. A. de Chénier l'a immortalisé dansun poème : " On la voyait fendre la plaine humide, et se tenant au frein, presser le dos glissant d'un agile dauphin". On raconte aussi que si Ulysse avait un bouclier et une bague ornés d'un dauphin, c'était en souvenir du sauvetage de son fils par un dauphin. Mais l'une des légendes les plus connues et les plus célèbres est celle d'Arion, le chanteur et joueur de cithare le plus recommé de son temps. Revenant de Sicile où il avait gagné une fortune grace a son talent, il embarqua à Tarente,à bord d'un navire qui devait le conduire à Corinthe. Au large, l'équipage décida de le jeter à lamer pour s'emparer de sa fortune. Arion obtint cependant la faveur de chanter une dernière fois avant d'être jeté dans les flots. Alors un dauphin, certainement attiré et charmé par les accents mélodieux du chanteur, le sauva et le porta, sain et sauf, jusqu'au cap Matapan. Plutarque (125-145 avant J.C) raconte l'histoire touchante de Korianos, originaire de l'île de Paros. Il se trouvait sur son bateau, quelque part en mer Egée, lorsqu'il fut témoin de la capture au filet d'un groupe de dauphins. Il sut si bien prendre la défense des cétacés que les pecheurs les libérent. Des années plus tard, il se trouvait sur un bateau qui fit naufrage au large de l'ile de Paros. Alors que tout l'équipage mourru noyé, Korianos survécut grace a l'intervention d'un groupe de dauphins qui l'aidèrent à rejoindre le rivage à la nage. Plutarque raconte encore qu'à sa mort, de nombreuses années plus tard, Korianos fut incinéré sur la plage en présence de sa famille et de ses mais. Et d'après les témoignages, les dauphins étaient là aussi au rendez-vosu funèbre. A l'époque, il n'y avait pas de doute : les dauphins reconnaissants n'avaient pas oublié le geste salvateur de leur ami. On est là a la limite d'un fait probablement en partie réel dont l'interprétation anthropocentrique est évidemment discutable. Pline l'Ancien raconte aussi, dans son Histoire Naturelle, l'amitié entre un jeune garcon napolitain et un dauphin nommé Simo. Leur attachement était si fort que le dauphin finit par accepter de se faire chevaucher par l'enfant. Il le conduisait ainsi jusqu'à l'école et le ramenait le soir, toujours exact à l'heure de la sortie. De nombreuses années passèrent ainsi jusqu'a ce que le garcon tombe malade et meure. Pline raconte que Simo, fidèle au rendez-vous, attendit son ami durant des jours et des nuits, jusqu'à dépérir et mourir, semble-t-il, de chagrin. L'histoire e -telle été embellie par Pline ou le dauphin a-t-il connu une telle fin ? Ce qui est troublant c'est qu'on sait de nos jours, pour l'avoir effectivement vu, qu'un dauphin peut devenir depressif au point d'aller se fracasser délibérement contre les parois des bassins-prisons des marineland, ou de s'asphyxier en cessant volontairement de respirer. La création de la ville de Delphes, célèbre pour les oracles de la Pythie, est étroitement liée aux légendes concernant les dauphins. Cela n'est pas étonnant puisque le nom de Delphes derive directement du mot delphis, "dauphin" en grec. On raconte qu'à la suite d'un naufrage, c'est un dauphin qui porta Apollon et son fils jsuqu'à la cote proche du mont Parnasse, où fut érigé le teple de Delphes en souvenir de cet événement.
Au moyen âge, l'intérêt que l'on porta aux dauphins fut beaucoup moins prosaïque. Appelés 'pourcilles", ou porcs de mer, les dauphins (et plus particulièrement les marsouins) étaient comptés, à tort, parmis les animaux à viande maigre, comme les poissons : ils pouvaient donc être consommés le vendredi et pendant le carême. Leur exploitation était régie par une stricte réglementation de pêche te de vente, et frappée d'un impot spécial, la "Graspade". Se nourissant de poissons, calmars et crevettes, et parce qu'ils endommagent les filets, peu à peu, les dauphins furent considérés comme des concurrents, puis des ennemis des pêcheurs. Des destructions systématiques de dauphins fréquentant certaines régions furent ainsi entreprises jusqu'au début du XX eme siècle, à l'aide de dynamite, de poissons piégés, et d'incroyables inventions destinées à tuer. Ces pratiques sont aujourd'hui non seulement interdites dans de nombreux pays (dont la France), mais elles ont perdu leur raison d'exister. En effet, les dauphins côtiers sont beaucoup moins nombreux, les filets de pêche en fibre synthétique nettement plus résistants, et les proies ingénérées de faible valeur commerciale.
Ce qui caractérise le plus notre époque, ce sont les tentatives de domestiquer les dauphins pour les faire travailler soit en captivité, soit en semi-liberté. Or, la plupart de ces animaux supportent mal d'être enfermés et certains ne parviennent pas à s'y adapter. En effet, quels que soient les efforts pour y améliorer leurs conditions de vie, les bassins artificiels seront toujours des prisons pour ces animaux dont le domaine est la mer immense En fait, le public qui s'extasie sue les exhibitions des dauphins dans les marinelands est loin de se douter que, pour ces quelques individus qui ont servécu,de nombreux autres sont morts après leur capture. D'après les données dont on dispose, les chances de survie des Tursiops et des orques sont plus elevées que celles des autres dauphins. A ceux qui ont reussi a s'adapter aux dimensions restreintes des bassins,à l'eau de mer fréquemment artificielle, à la nourriture peu variée souvent constituée de poissons morts, il ne reste qu'une alternative : jouer avec les dompteurs ou mourir d'ennui.
Dauphins autrefois célébrés dans la mythologie comme des créatures marines aux interventions bénéfiques et divines... Puis dauphins longtemps traités en ennemis par les pêcheurs. Plus pres de nous, dauphins ouvriers, armes de guerre, vedettes de parcs d'atraction ou de cinéma... Quel avenir reservons nous désormais à ces animaux si sympathiques, attachants et mystérieux ?